La tempête apaisée

    From Wiki Maria Valtorta
    D'après James Tissot (1836-1902), Musée de Brooklyn

    L'épisode de la tempête apaisée est rapporté par Matthieu 8,23-27, Marc 4,35-41 et Luc 8,22-25. Les trois évangélistes sont d'accord sur la situation : Jésus et les apôtres sont en train de traverser le lac de Tibériade pour se rendre de l'autre côté en Décapole, au pays des Gadaréniens dit Matthieu, des Géranésiens, disent Marc et Luc, "en face de la Galilée". Le lac de Tibériade est réputé pour ses tempêtes violentes à cause des différences de température avec les hauteurs environnantes. C'est ce qui se passe. Elle est si violente que les disciples réveillent Jésus qui s'est assoupi pour qu'il les sauve d'un péril imminent. C'est ce qu'il fait en "menaçant les vents et la mer" disent Matthieu et Luc, menaçant le vent et disant à la mer : "Silence, tais-toi !" pour Marc. Cet épisode pose au moins trois questions :

    • Pourquoi cette tempête terrifie-t-elle des marins expérimentés?
    • Pourquoi Jésus était-il assoupi ?
    • Quel est le sens spirituel de l'épisode?

    Dans Maria Valtorta

    Le phénomène météorologique

    La scène se passe le mercredi 15 mars 28 (2 Nissan 3788). Il est étonnant que des marins expérimentés, familiers des lieux, puissent avoir une peur telle qu'elle leur fasse craindre le naufrage. Que se passe-t-il ?

    Maria Valtorta décrit la formation d'une vague d'une hauteur anormale sous l'effet d'une bourrasque. En effet, le lac de Tibériade est encaissé et situé à environ 200 mètres en dessous du niveau de la mer. Il semble qu'il s'y déroule cet effet "Venturi", un vent de grande intensité, qu'on observe dans les zones montagneuses, formant sur le lac une sorte de vague "scélérate"[1].
    "Je vois le ciel s'obscurcir et le soleil qui se cache derrière des nuages d'orage débouchés à l'improviste de derrière la pointe d'une colline. Le vent les pousse rapidement vers le lac. Le vent pour l'instant est en haut et le lac est encore tranquille. Seulement il prend une teinte plus sombre et se plisse en surface. Ce ne sont pas encore des vagues mais déjà l'eau commence à remuer. Pierre et André observent le ciel et le lac et se disposent à manœuvrer pour accoster. Mais le vent s'abat sur le lac, et en quelques minutes, tout bouillonne et écume. Les flots qui s'entrechoquent et heurtent le bateau, l'élèvent, l'abaissent, le retournent en tous sens, empêchent la manœuvre du gouvernail comme le vent gêne celle de la voile qu'il faut carguer. [...]La tempête devient de plus en plus brutale. Le lac est noir comme si on y avait versé de l'encre, strié par l'écume des vagues. La barque engloutit de l'eau et se trouve poussée au large par le vent. Les disciples suent à la manœuvre et pour écoper l'eau que les vagues projettent. Mais cela ne sert à rien. Eux maintenant pataugent dans l'eau qui leur arrive à mi-jambe et la barque ne cesse de s'alourdir (EMV 185.3)."      
    C'est alors que les disciples voient "une vraie montagne d'eau, partant du milieu du lac (qui) se dirige rapidement sur la pauvre barque. On dirait une trombe tant elle est élevée et effrayante. Les disciples, qui la voient venir, s'agenouillent et s'agrippent où et comme ils peuvent, persuadés que c'est la fin (EMV 185.4)"

    Le contexte et son enseignement

    Quand Jésus commente l'épisode à Maria Valtorta, il ne le fait pas " dans le sens où tous le commentent (EMV 185.5)", mais en revenant sur les faits qui précèdent ce miracle spectaculaire : "Ce jour-là j'étais fatigué et on me priait de me reposer c'est-à-dire de les laisser faire, eux qui étaient si capables. Alors je me mis à dormir." En effet les apôtres sont confiants, trop confiants dans leur savoir-faire d'hommes et de marins et cela préoccupait Jésus.
    "Pierre, André, Jacques et Jean étaient de bons pêcheurs et pour ce motif ils se croyaient insurpassables dans la manœuvre des bateaux. Moi, pour eux, j'étais un grand "Rabbi" mais une nullité comme marin. C'est pourquoi ils me jugeaient incapable de les aider et, quand ils montaient dans la barque pour traverser la mer de Galilée, ils me priaient de rester assis parce que j'étais incapable d'autre chose. Leur affection aussi y était pour quelque chose, et ils ne voulaient pas m'imposer des fatigues matérielles. Mais l'attachement à leur "savoir-faire" dépassait encore l'affection.

    Aussi, au paroxysme de l'angoisse, ne sachant plus que faire, Pierre se retourne vers Dieu qui "étend les bras vers la lame et dit au vent : "Arrête et tais-toi" et à l'eau : "Calme-toi. Je le veux." Maria Valtorta ne rapporte pas explicitement la phrase des Évangiles ; "Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : "Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?". Elle l'évoque seulement par cette phrase : " Et sur le lac pacifié revient la sérénité du ciel et l'espérance et la foi dans le cœur des disciples." Ces disciples qui devenus apôtres n'oublieront pas que sans Jésus-Christ, ils ne peuvent rien faire[2].

    "Appelez-moi et je viendrai" dit Jésus en conclusion de son commentaire (EMV 185.6).

    Points remarquables

    • Le Psaume 106 (Hébreu 107), 23-30 est à rapprocher de cet épisode de la tempête apaisée. Les apôtres, comme tous les Hébreux, connaissaient les Psaumes. C'est peut-être ce qui motive l'étonnement final et la crainte qu'ils manifestent. Le Psaume, qui parle des "rachetés du Seigneur" dit en effet :
      "Certains, embarqués sur des navires, occupés à leur travail en haute mer, ont vu les œuvres du Seigneur et ses merveilles parmi les océans. Il parle, et provoque la tempête, un vent qui soulève les vagues : portés jusqu'au ciel, retombant aux abîmes, ils étaient malades à rendre l'âme ; ils tournoyaient, titubaient comme des ivrognes : leur sagesse était engloutie. Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse, réduisant la tempête au silence, faisant taire les vagues. Ils se réjouissent de les voir s'apaiser, d'être conduits au port qu'ils désiraient."
    • Maria Valtorta reçoit cette vision le dimanche 30 janvier 1944. C'est l'Évangile du jour. Si les visions ont commencé pour elle le 23 avril 1943, ce n'est qu'en janvier 1944 que commencent réellement les visions constitutives de L'Évangile tel qu'il m'a été révélé. Ceci explique la joie qu'elle veut partager avec son confesseur, le Père R. Migliorini :
    "Maintenant que tout le monde dort, je vous fais part de ma joie. J'ai "vu" l'Évangile d'aujourd'hui. Notez que ce matin, en le lisant, je m'étais dit : "Voici un épisode évangélique que je ne verrai jamais car il se prête peu à une vision." Au contraire, au moment où j'y pensais le moins, il est justement venu me combler de joie (EMV 185.3)."

    Pour aller plus loin

    Notes et références

    1. On appelle ainsi les vagues atteignant le double de la hauteur des vagues environnantes.
    2. Cf. Jean 15,5.